Le territoire de l'abbaye des Olieux | Massif de la Clape

Carnet d'histoire du domaine et du paysage des Monges
Abbaye de Sainte-Marie et de Saint-Bernard des Olieux, ordre de Cîteaux, famille de Clairvaux

  • Mes remerciements à Mme de Chefdebien, propriétaire du domaine des Monges, pour le temps qu'elle m'a consacré et les informations qu'elle m'a communiquées.
Il existe un homonyme sur la commune de Montséret (Aude), construit en 1153, sous le nom
Ecclesia de Olivis (1189), Sainte-Marie des Olieux, et rattaché à l'abbaye de Fontfroide en 1174. Il est devenu un prieuré en 1178 et les religieuses ont été remplacées par des moines.
monastère aujourd'hui disparu.

L'apparition des communautés chrétiennes dans le diocèse de Narbonne se situe au Ve siècle. Les premiers lieux monastiques s'implanteront fin VIIIe siècle après l'occupation sarrasine. Ordre CistercienOrdre monastique de droit pontifical dont l'origine remonte à la fondation de l'abbaye de Cîteaux par Robert de Molesme en 1098.
Connu aussi sous le nom d’ordre de Cîteaux

C´est l'histoire d'une expérience cistercienne inachevée du XIIIe au XVIIe siècle dans la Clape avec en toile de fond les guerres de religion et les épidémies de peste.

Le monastère des Olieux était l'un des trois monastères de femmes placés sous la juridiction de l'abbaye de Fontfroide avec N.-D. de Rieunette (fondée en 1162, de Rivus Nitidus, abbatisse de Rivo Nitido, Ladern-sur-Lauquet, au diocèse de Carcassonne) et Eule (Eula, 1174, au diocèse d'Elne-Perpignan, lieu-dit de Leula ou del Eula situé entre Le Soler et Thuir).

Les Olieux et les abbayes cisterciennes de femmes aux XIIe - XIIIe siècles en Languedoc.
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  • Dépendant de l'abbaye de Valmagne
    Abbaye de Valmagne 1930
  • Netlieu (Sancta Maria Nitidus Locus) disparue vers 1780, située dans le secteur de Creyssels et du chateau de Font Mars au nord du pont de Mourgues sur le ruisseau Nega-Vacas.
  • Saint-Felix de Montceau (Saint-Felix de Montesevo), au sud-est de Gigean, dans le massif de la Guardiole.
  • Sainte-Marie de Vignogoul (Sancta Maria Magdalena de Bono Loco), au nord-est de Pignan.
  • Dépendant de l'abbaye de Fontfroide
    Abbaye de Fontfroide 1900
  • Sainte-Marie de l'Eula (Eula), lieu-dit de Leula ou del Eula situé entre Le Soler et Thuir
  • Sainte-Marie des Olieux de Montséret (Sancta Maria de Olivis), au nord-ouest de Montséret, au lieu-dit les Olieux
  • Notre-Dame de Lapidet (Sancta Maria de Lapideto), lieu actuellement occupé par le château de Lebrettes, au nord-ouest de Narbonne.
  • Notre-Dame de Rieunette (Sancta Maria de Rivo Nitido), dans le val de Dagne, près de Ladern-sur-Lauquet
    Le monastère de Rieunette dans les années 20
    Le monastère de Rieunette dans les années 20



Blotti au pied de la Clape, c'est l'un des plus anciens domaine du massif avec celui de Capitoul, dont l'existence remonte au XIIIe siécle et dont il ne reste que l'église, les autres bâtiments ayant disparus. C'est aussi le seul monastère du massif de la Clape.


L'église Notre-Dame des Olieux


Le lieu de construction n'est jamais le fait du hasard et pour cela, le monastère des Olieux ne déroge pas à la règle. Le choix de Jean Bistan en 1204 de faire don de ce lieu pour l'ėtablissement d'un monastère répond aux trois composantes marine (eau), cosmique (ciel) et tellurique (terre).
Situé sur le chemin de Moujan à Gruissan, l'environnement était particulièrement sauvage et hostile du fait de la proximité des étangs, des marais et du fleuve Aude avec ces changements et ces épisodes de crues. Ce cadre désertique se prêtait bien à la doctrine cistercienne qui prônait la rigueur.
La présence importante de grottes sépulcrales à proximité (les grottes de la Vigne Perdue, la grotte de la Terrasse, la grotte des Tortues, ...), dont l'occupation est datėe de -1800 à -1400 av. J.-C., découvertes et étudiées au début du XXesiècle, participe à sa manière au côté tellurique du lieu même si aucun lien ou mention n'a été trouvé en relation avec le monastère dans les documents anciens.


L'église Notre-Dame des Olieux

Monastère ou abbaye

Les abbesses des Olieux XIII-XVIIIe siècles 1257, Ermengarde I de Roussette
1261-1265, Bérengère I de Bages (Berengaria de Bagis)
1266-1270, Guillemette des Ortals (Guillelma de Ortalibus)
1272-1275, Pèlerine (Peregrina)
1276, Ermengarde II
1283, Reine (Regina)
1292-1299, Rixende (Rixendis)
1300, Magne de Montlaur (Magna de Montelauro)
1320, Bérengère II de la Grasse
1337-1338, Ferrande
1352-1357, Ermengarde III
1373, Agnès de Montbrun
1375, Ermengarde IV
1393, Braide de Cucugnan (Braida de Cuguniano)
1402, Adémare
1426-1446, Béatrix
1452, Isabelle de Saint-Martin
1466, Jeanne I Rilliote
1484, Jeanne II de Saint-Marcel
N. de Narbonne, nièce de Jean I Bureau, Evêque de Béziers
1508-1516, Louise d'Arpajon
1516-1525, Louise II d'Arpajon (Ludovica d'Arpajon)
1526-1529, Guicharde
1529-1536, Anne d'Arpajon
1539, Delphine de Mostuéjouls
1570, Imberte de Fourquevaulx fille de Mgr de Fourquevaulx
1600, Marie Lenoir
1602, Jacqueline de Ferrière ou de Serguière
1648-1661, Anne de Roquelaure
1661-1695, Marie de Grillon (Guillon), bénie par Pierre de Bonzi, Archevêque de Narbonne en 1675
1695-1722, Madeleine de Lucet de Valois (Magdeleine Suzot de Valois), bénie par Charles le Goux de la Berchère, Archevêque de Narbonne en 1711
1723, Marie Islande de Mirailet, nommée par le roi en 1723
1761-1762, N. Beausset de Roquefort
1762, N. de Niquet
1771, N. de Monteil
1781, N. de Mandols (Mundel)
Notes sur l'Histoire du Languedoc
&
Gallia Christiana (1739)

Le monastère est un ensemble de bâtiments dans lequel des religieux ou moniales vivent en communauté, soumis à la clôture, pour se consacrer au service de Dieu. Du grec monos, signifiant seul.


Un monastère est:
  • Une abbaye si elle est dirigée par un abbé ou une abbesse. Du latin abbatia, lui-même issu de l'araméen abba, qui signifie père.
  • Un prieuré, dirigé par un prieur, c’est un monastère de moindre importance,

  • Un couvent n'a pas de vocation monastique, il est ouvert sur le monde à l'inverse du monastère. Du latin conventum, signifiant réunion, assemblée.

On peut donc bien parler ici d'Abbaye des Olieux puisque tout au long de son existence, une abbesse a dirigé le domaine, même si dans les textes, la mention monastère "Monasterium" est la plus souvent utilisée (celle d'abbaye "Abbatiam" n'étant citée qu'en 1320).

A l'origine du nom

L'histoire connue du territoire des Olieux débute au Moyen Âge.
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Le nom Olieux vient du latin Oliva et de l'Occitan Oliou signifiant "olivier".

Le monastère a la particularité d'être désigné à la fois par:

  • Sainte-Marie, ou Notre-Dame de Grâce, (pour le placer sous la protection de la Vierge Marie, Mère de la Grâce),
    Saint-Bernard, (Bernard de Fontaine, abbé de Clairvaux, promoteur de l'ordre Cistercien canonisé en 1174) auxquels il est dédié,
    et les Olieux, le lieu sur lequel il est bâti.

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  1. Au XIIe | Jean Bistan
    Domaine des Olieux

    Propriété de Jean Bistan (Johannes Bistani), marchand (burgensis), il est fait mention de bâtiments sans que l'on ait une idée précise de l'importance. Le nom du domaine fait référence à des plantations d'oliviers et cela bien avant l'arrivée des religieuses ce qui écarte toute référence religieuse (mont des Oliviers).
  2. 1204 | Abbaye de Fontfroide
    Domaine des Olieux

    Jean Bistan fait don à l'abbaye de Fontfroide dont Bernard V est l'abbé régulier (1200-1216), du domaine des Olieux à condition d'y établir une abbaye cistercienne de femmes.

    J. Bistan se réserve la directe sur l'objet donné.

    Le fils de Jean Bistan légua 10000 sous melgoriens aux religieuses des Olieux dans son testament du 3 juin 1224 pour la construction des locaux réguliers. Cette somme fut payée en 1258 par les exécuteurs testamentaires.

  3. 1258 | Abbesse: Ermengarde I Roussette (de Rieusset)
    Sancta Maria de Olivis

    Il faut attendre 1258 pour que l'abbaye soit établie sous le nom Notre-Dame de Grâce, S. Bernardus de Olivis, Sancta Maria de Olivis.
    Elle a aussi été mentionnée plus simplement sous le nom "abbaye del Lec (del Lico) ou S. Bernardus de Lico"
    La première abbesse connue est Ermengarde I Roussette (ou de Rieusset) (Ermengardis I. Rousseti, 1257) qui le restera jusqu'en 1261.

  4. 1283 | Abbesse: Reine (Regina)
    Monasterio Sanctae Mariae de Olivis

    Plus d'une dizaine de moniales résident au monastère.

  5. 1314-1316 | Abbesse: Magne de Montlaur (Magna de Montelauro)
    Monasterium monialium de Olivis

    Les possessions de l'abbaye dans le massif de la Clape et à proximité

    Le monastère possède certains droits seigneuriaux sur la terre de Caseneuve à Armissan ainsi qu'une partie du lieu appelé Creba Olas (Craboules).
    Dans la description des limites du Vesc en 1352, il est fait mention de ces condamines des Olieux au sud de ce territoire.

    Quodquidem terminale de Fisco confrontatur
    de altano in ortis de Mojano et de Villa Judayca,
    et de circio cum vinherio sen territorio de Gazanhapas,
    de aquilone cum salinis podii del Griffon
    de meridie cum condaminis monialium de Olivis et cum flumine Atacis et cum campo magistri Johannis Saorre, via publica de Gruyssano et de Ricardella in medio;
    Archives communales de Narbonne, 1352 série AA 111, 11e thal., f°41

  6. 1320 | Abbesse: Bérengère II de la Grasse (Berengaria II de Grassa)
    Abbatiam praefatam de Olivis olim Johanes Bistani


    Les consuls et citoyens de Narbonne accordent le droit de cité (droit de bourgeoisie) aux religieuses des Olieux, à la prière de Bérangère, abbesse des Olieux "Par la raison que Jean Bistan, leur concitoyen a doté et construit ladite abbaye"


    Propterea quod abbatiam prefatam de Olivis, olim Johnnes Bistani, concivis noster, construxerit et dotaverit.
  7. 1325 | Abbesse: Bérengère II de la Grasse (Berengaria II de Grassa)
    Las morguas des Olieus

    Sentence arbitrale entre Bérengère, abbesse du monastère N.-D. des Olieux et les consuls de la Cité sur le ban et le banderage des pacages du tènement des Olieux.
  8. 1388 | Abbesse: Ermengarde IV (Ermengardis IV)
    Monastaire des Nonaines de Nostre Dame des Oliviers

    Les possessions de l'abbaye dans le massif de la Clape

    L'abbaye possède dans l'île del Lec, trois domaines situés à proximité:
    Monredon (Pech redon), Figuières et les Fontanilles (les Fontanelles entre Ricardelle et Moujan).

    Figuières: Toponyme de végétation: de figuièr, en référence aux figuiers que l'on trouve à proximité de la source Saint-Louis.
  9. 1393 | Abbesse: Braide de Cucugnan (Braida de Cuguniano)

    Les Religieuses se réfugient à Narbonne dans une maison située dans l'île de Saint Razigonde (ou Radegonde) appelée aussi "Lo pla de las monjos".

    L’île Sainte-Radegonde faisait partie de la paroisse de l’église de la Major et était contiguë à celle de la Trinité.

    Localisation de l'île Saint-Radegonde sur un plan de la ville de Narbonne. A. Vicomté début du XVIIIe siècle © BNF
    Localisation de l'île Saint-Radegonde sur un plan de la ville de Narbonne. A. Vicomté début du XVIIIe siècle © BNF
  10. 1540 | Abbesse: Delphine de Mostuéjouls (Delphina de Mostuejolis)

    L'abbaye est ravagée par les religionnaires et devint un prieuré simple de Cîteaux.

    A partir de 1542, les religieuses s'installent dans l'île Saint-Louis, dans une maison qu'elles avaient achetée. L'occupation par la suite, a pu être partagée avec celle de l'île Saint-Radegonde jusqu'en 1674.

    Deinde hoc saeculo procedente, cum haec abbatia per neotericos in solitudinem redacta fuisset, convertitur in prioratum simplicem, uti jam diximus, sed quasi renascitur circa annum 1587.
  11. 1574 | Abbesse: Imberte de Fourquevaulx

    Les troubles religieux commencent à affecter le Narbonnais à partir de 1570. Les dames religieuses Bernardines des Olieux s'étaient installées dans une maison située dans l'île de Sainte-Razigonde (ou Radegonde). Les religieuses devaient au départ, s'installer au couvent de la Trinité.

    Requête de s'installer en ville de la part de Madame Imberte de Fourquevaulx, fille de Mgr de Fourquevaulx, abbesse du couvent N.-D. des Olieux-les Narbonne. (le Couvent garde la dénomination de la première implantation: Couvent Sainte-Marie des Olieux)


    "Auroict intention de venir résider en son abbaye; toutefois elle est tant deserte et ruyne, comme ung chascung sayt, qu'il est impossible d'y habiter"

    L’île Sainte-Radegonde faisait partie de la paroisse de l’église de la Major et était contiguëe à celle de la Trinité.

    Le conseil décide sur ces affaires:

    qu'il est bon que Madame Imberte de Fourquevaulx , abbesse du monastère N.-D. des Olieux se retire dans la présente ville puysqu'il luy plaist y venir, actandu la ruyne dud. monastère et le dangier que seroict d'habiter en lieu champaistre au temps qui court, et admene tel nombre de religieuses qu'elle advisera, pour y dresser led. monastere et fere le service divin suyvant l'institution de leur ordre, d'où la ville tirera ceste comodité que les jeunes fillies des habitans y pourront estre instruites en pietté et toute bonne vertu, et qu'il n'y a lieu en toute la ville, plus propre et comode pour les logier et faire led. monastere et couvant de la Trinité.
  12. 1587 | Abbesse: Imberte de Fourquevaulx

    Les religieuses se réinstallent aux Olieux

  13. 1612 | Abbesse: Jacqueline de Ferrières ou de Serguière
    Une Metterie a la Clape ditte als Ollieux

    Vérification des terres de la métairie des Olieux que leurs possesseurs prétendrent tenir "nobles et en devez"

  14. 1614 | Abbesse: Jacqueline de Ferrière ou de Serguière

    Supplique que les religieuses adressent à l'abbé de Cîteaux et à l'Archevêque de Narbonne pour obtenir l'autorisation de se fixer à Narbonne
    L'année suivante, les religieuses quittent les Olieux pour Narbonne. Elles s'installent dans l'île Saint-Louis.

    L'abbaye des Olieux est située dans un terrain bas, aquatique et malsain, à cause des eaux qui y croupissent, qui empéchaient que dans l'hiver les prètres qui étaient chargés d'aller dire la messe les fêtes et dimanches dans leur monastère, puissent aborder, non plus que les médecins, les chirurgiens et les apothicaires qui les servaient, et que ces mêmes eaux croupissantes dans l'été , étaient si puantes qu'elles infectaient l'air et causaient de graves maladies aux religieuses qui étaient obligées de se faire porter chez leurs parents pour se faire guérir, ce qui faisait que leur monastère était le plus souvent désert.
  15. 1650 | Abbesse: Anne de Roquelaure

    L'abbaye est rétablie sur son ancien emplacement

    L'année suivante, Reconnaissance de la noblesse de certaines parcelles de terre dépendant de la métairie des dames religieuses Bernardines des Olieux.

    OLIVÆ Ordin. Ciſterc. ſub Fontefrigido Monialum Diœceſis Narbonenſis, nunc in vrbe ipsa

    Gallia Christiana, 1656

  16. 1667 | Abbesse: Marie de Guillon

    Etat et dénombrement au vrai que Marie de Guillon, abbesse de N-D de Grâce des Olieux, Ordre de Saint-Bernard et les religieuses du couvent de Narbonne, baillent de leur foi à Jean du Février, vicaire-général de Narbonne: métairie des Olieux

  17. 1672 | Abbesse: Marie de Guillon
    Abbaye des Oulieux

    Les religieuses s'installe dans l'île Saint-Louis (Cité, au sud de l'emplacement du Forum/Capitole). Le couvent des Bernardines deviendra plus tard à la révolution la caserne Saint-Bernard démolie en 1888 (sur l'ancienne place de Bistan).

    Il n'y a que une veritable abesse dans le diocèse, qui est celle de sainct Bernard dans la ville de Narbonne. C'estoit autresfois un monastere champestre dont le bastimant subciste encore a trois quarts de lieue de la ville, et s’apelloit l'abbaye des Oulieux, qui peut valoir mille livres de rante. Celle qui la possede aujourd’huy est une fille de Paris qui a des qualités extraordinaires: le nom de sa maison est d’Aguilhon.
    Etat du diocèse de Narbonne en 1675 in Les chroniques du Languedoc, la Pijardière

    La maison située dans l'île Sainte-Radegonde est vendue au Trinitaires en 1674. Diverses maisons sont acquises par les religieuses dans la seconde partie du XVIIe siècle. Le monastère (couvent des Bernardines) ne sera effectivement établi qu'à partir de 1709.

    En 1711, Monseigneur Le Goux de la Berchère, archevêque de Narbonne, bénit dans la chapelle du nouveau monastère, sœur Serret de Valois (Magdalena de Sucet de Vallois).
    Carte du Diocèse de Narbonne dressée par Guillaume Lafont, rectifiée par Guillaume Delisle, publiée en 1704 © BNF
    Carte du Diocèse de Narbonne dressée par Guillaume Lafont, rectifiée par Guillaume Delisle, publiée en 1704 © BNF

    Localisation de l'île Saint-Louis sur un plan de la ville de Narbonne. A. Vicomté début du XVIIIe siècle © BNF
    Localisation de l'île Saint-Louis sur un plan de la ville de Narbonne. A. Vicomté début du XVIIIe siècle © BNF

    Localisation du couvent des Bernardines sur un plan de la ville de Narbonne daté de 1720 © AD11
    Localisation du couvent des Bernardines sur un plan de la ville de Narbonne daté de 1720 © AD11

    Le couvent des Bernardines, plan de la ville de Narbonne. Carte du diocèse de Narbonne, Buache Philippe 1760/1763 © BNF
    Le couvent des Bernardines, plan de la ville de Narbonne. Carte du diocèse de Narbonne, Buache Philippe 1760/1763 © BNF
  18. 1781-1790 | Abbesse: Désirée de Mondot ou Mundel
    Les Olieux ou les Monges

    Dernière abbesse du monastère. Alors qu'il comptait au début du siècle une vingtaine de religieuses, il ne reste plus que 5 religieuses.

    Carte de Saussine 1776 © VNF
    Carte de Saussine 1776 © VNF

    Carte du Diocèse de Narbonne Bouguoin Aldring 1781 © BNF
    Carte du Diocèse de Narbonne Bouguoin Aldring 1781 © BNF

    A la révolution, le monastère est vendu.

L'émergence du nom Monges

Monges, 1593

C'est vers la fin du XVIe siècle que le domaine est mentionné plus simplement sous le nom des Monges.

L'appellation plus commune "Morguas" commence à apparaître au XIVe siècle pour désigner le monastère par ses habitantes.
Las Morguas des Olieus, du latin monacha, de l'occitan morga, signifiant moniale, nonne, littéralement les moniales des Olieux, ce qui donnera plus tard Monge.


1325

Sentence arbitrale rendue entre Bérengère et les consuls de la Cité sur le ban et le bandérage des pacages au Tènement des Olieux.

Carta de una sententia arbitraria que dec maystre G. Catalani, sobrel fait quels cossols de la Ciutat menavan en contra las morguas des Olieus, e declarec en cal maneyra se degues paguar lo ban, ni en cal cas ne son tengudas las donas ni en cal cas ne son tenguiz los pastres.
Archives communales de Narbonne série AA f°79, 1325

1396

Dans la description des confronts de la devèze de Navoute qui dépendait du territoire de la bastide de la Voulte, il est mentionné les condamines des Olieux qui faisaient parti du tènement du même nom ou se trouve le monastère des Bernardines.


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"de aquilo cum condamina dicta de las Morguas, que est juxta dictam bastidam,
de circio cum flumine Atacis,
de altano cum stagno Bosar domini Guiraudi de Rivo,
de meridie cum condamina que fuit introitu terminalis de la Lonia, et sic de bodula in bodulam usque ad stagnum Bosar.
Archives communales de l'Aude série AA f°53, 1396

Les lieux constitutifs du territoire du monastère des Olieux.

  • Entre Ricardelle et les Olieux |du pont de Ricardelle au pont des Olieux
    Tènement des Olieux et
    Dévèze dépendante de la Bastide de Navoute
  • étang Bouzard
    (XIIIe ⇒ XVIIe)

    Stannum Joncous sive Bosos dicte insule del Lec, 1282.
    Stagnum Bosar, 1396,
    Estang Bouzar, 1642
  • Entre les Olieux et Capitoul
    Condamines de las Morguas (des Olieux) et
    Les Leignes, ancien fief de l'Archevêque de Narbonne
  • les étangs Comtesse et Sesquière
    (XIIIe ⇒ XVIIe)

    qui à la suite des modifications, atterrissements et assêchements, sera identifié au XVIIe siècle sous le nom "étang Capitoul" avec au sud l'"étang de la Gourgue".
    Stagna Contessa et Sesqueyra (Cescheyra), 1352
    Stanh Comtessa et Sesqueyra, 1396
    Estang Comtesse et Sesquière, 1639
    Capitoul, 1685

D'un côté adossé aux contreforts du massif de la Clape à la sortie d'une combe dans la pure tradition cistercienne, là ou se trouve la roche percée et plus loin les grottes, de l'autre la cuvette de Narbonne avec son système d'étangs (Salin, Salsoyard, Bosar, Contessa et Sesqueyra) qui va évoluer profondément pendant tout le Moyen-Âge.

Le territoire des Olieux

L'architecture de l'abbaye des Olieux

Il est d’usage de dire que les églises sont systématiquement orientées vers l’Est (Soleil levant, symbole du Christ ressuscité).
Ce n’est pas tout à fait exact. Les constructeurs ont fait pivoter l’axe de l'église d'env. 15-16° vers le Sud de façon à utiliser la lumière du soleil au mieux.

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Voûte d'ogive

Évolution de la voûte d'arêtes romane, cet élément architectural de l'architecture gothique se caractérise par deux nervures diagonales appelés ogives se croisant à la clef.

L'église dont l'apparence extérieure est austère, est un simple plan rectangulaire d´environ 27m par 13m. Les murs sont épais et les contreforts simples sont situés à l'exterieur. A l'origine, il y avait quatre travées. Les trois travées restantes sont voûtées sur ogives avec arcs doubleaux et formerets. La travée n°3 s'est effondrée en 2004.



L'entrée est située côté Ouest, l'accés à la cour intérieure s'effectuait par une porte côté Sud.


Les symboles de l'abbaye des Olieux

La Trinité

  • Désignation de Dieu en trois personnes (Père, Fils et Saint-Esprit) distinctes, égales et consubstantielles en une seule et indivisible nature.

Le chevet à fond plat est éclairé par 3 fenêtres, symbolisant la Trinité, orientées au levant.


Le chevet plat de l'église Notre-Dame des Olieux Le chevet plat de l'église Notre-Dame des Olieux

Les clefs de voute

les clefs de voute
La main de Dieu
Représentation de Dieu dans les manuscrits anciens © BNF
Exemples de représentation de Dieu dans les manuscrits anciens du IX et XIe siècles © BNF
Bible de Vivien, f. 4r-7v. HIERONYMUS, Epist. ad Paulinum [incipit et début (4r-v) [4v] Frater Ambrosius (…)
Evangelia, F. 14r: enluminure en pleine page s. Matthieu.
  • Il s'agit de la main droite symbole de l'Autorité Spirituelle, celle de gauche étant le symbole de l'Autorité Temporelle (main de justice, insigne du pouvoir royal).

La clef de voute située au choeur (travée 1) représente la main de Dieu qui bénit, sortant d'un nimbe.




L'agneau

La clef de voute située dans la travée 2 représente un agneau portant une croix (croix de la résurrection), métaphore du Christ.




La troisième clef de voute

Dans une progression logique, la troisième clef de voute devrait symboliser le Saint-Esprit représenté normalement par une colombe. Les restes de la voute effondrée rendent difficile l'interprétation.



La feuille d'eau

  • Cîteaux vient du latin médiéval cistercium et de l'ancien français cistel signifiant "roseau".

Représentant l'Ordre de Cîteaux, le symbole de la feuille d'eau inspiré de la feuille de Cistel que l'on trouvait dans les marais aux alentours de Cîteaux, est visible sur les chapiteaux 2,3,6 et 7. Cet élément décoratif simple est typique des abbayes cisterciennes du XII et XIIIe siècles.


Le chapiteau n°6 de l'église Notre-Dame des Olieux
Le chapiteau n°6

Le chapiteau n°3 de l'église Notre-Dame des Olieux
Le chapiteau n°3

Les chapiteaux sculptés

Façade méridionale

Symboles & Attributs
C1Colonne adossée | Feuilles de figuier
Chapiteau N°1 class=
C2Colonne engagée | Feuilles d'eau, fleurs & tête d'homme, sur le côté, feuille d'Acanthe
Chapiteau N°2
C3Colonne engagée | Feuilles d'eau
Chapiteau N°3
C4Colonne engagée | Feuilles de figuier & tête d'homme

Façade septentrionale

Symboles & Attributs
C6Colonne engagée | Feuilles d'eau
Chapiteau N°6
C7Colonne engagée | Feuilles d'eau
Chapiteau N°7
C8Colonne adossée | Feuilles de figuier, feuilles d'eau & feuilles d'Acanthe

Glossaire

  • Le vocabulaire des terres au Moyen-Âge
  • Herm ou herme: Terre inculte ou aride
    De l’ancien français erm, du bas-latin herma terra; du latin erèmus, désert, du grec ἕρημος, désert.
  • Tènement: Terre tenue d'un seigneur moyennant le paiement d'une redevance.
    Du lat. médiév. tenementum
  • Alleu: Terre possédée en propriété complète, opposé aux fiefs ou aux censives impliquant une redevance seigneuriale. Il s'agit donc d'une terre ne dépendant d'aucune seigneurie foncière.
    Du francique alôd, latin allodium
  • Condamine: Propriété seigneuriale, elle désigne une terre mise en culture.
    du latin condominium
  • Fief: Terre concédée par un seigneur à un vassal en échange d'obligations de fidélité mutuelle, de protection de la part du seigneur, de services de la part du vassal.
  • Censive: Terre concédée moyennant un cens annuel payé au seigneur
  • Devèse, défens (ou défends): Pâturage réservé, terre interdite au pâturage du bétail d'autrui. Du latin defensum, de l'occitan devés ou devesa

Pour en savoir plus

A. Le Château-Abbaye des Monges
1. Abbé Sabarthès Dictionnaire topographique du département de l'Aude comprenant les noms de lieu anciens et modernes (1912). Source gallica.BnF.fr / Bibliothèque nationale de France.
2. Gallia Christiana tome 6, 1739: province de Narbonne
3. Fiche Mérimée: Ancienne église cistercienne Notre-Dame des Olieux, inscription au MH 1951/02/1
4. La Médiathèque Patrimoine: Manuscrit MS 314, Inventaire des actes et documents de l'archevêché de Narbonne, I1, Privilèges royaux, recopié par Antoine Rocque
5. Kojima Mina: Histoire des territoires du pâturage dans le Narbonnais (XVIe - XVIIe siècle)
6. E. Cauvet: Étude historique sur Fontfroide de 1093 à 1790, publié en 1875
7. Frère Vincent Ferras: Le rayonnement médiéval de l'Ordre de Cîteaux en pays d'Aude (sources bibliographiques), publié en 1970
8. G. Larguier: Chapitre VIII. Narbonne ligueuse les troubles de religion en Narbonnais In: Le drap et le grain en Languedoc - Narbonne et Narbonnais 1300-1789. Presses universitaires de Perpignan, 1999
Autres abbayes cisterciennes de femmes en Languedoc 9. Marion Alvergnat, Sylvain Demarthe, Géraldine Mallet: Moniales cisterciennes de Méditerranée occidentale XIIe-XVIe siècle Histoire, Histoire de l'art, archéologie, mise en perspective. Édition Guilhem, 2017
10. Fiche Mérimée Ancienne abbaye de Rieunette
11. Fiche Mérimée Ancienne abbaye Saint-Félix-de-Montceau
12. Fiche Mérimée Chapelle de cisterciennes Sainte-Marie du Vignogoul, Abbaye Notre-Dame-de-Bonlieu dite du Vignogoul
13. Aymat Catafau Les Celleres et la naisssance du village en Roussillon: deuxième partie, le Soler, Sainte-Marie de l'Eula
14. R. Esparseil L'abbaye de Rieunette, Bulletin de la Société d'études scientifiques de l'Aude, 1921