Saint-Etienne de Valfernière | Une intiative érémitique

Carnet d'exploration du patrimoine religieux perdu.
Sur les traces des anciens lieux de culte du massif de la Clape.

Sur les chemins des manifestations de l'ancienne France chrétienne dans le massif de la Clape, province ecclésiastique de Narbonne

Positionnement temporel

Peu d'informations sont disponibles pour cette chapelle. La première mention connue date de 1248. C'est ensuite une longue période ou son nom apparait de temps en temps jusqu'à cette inscription "Ruines" sur une carte de la fin du XVIIIe siècle.

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A l’origine de la Christianisation

La genèse de lieu de culte dans la campagne Narbonnaise se situerait au mieux entre la fin du IVe siècle et le début du Ve faisant suite au concile d'Arles en 314 qui promeut les lieux de culte en dehors de la Cité et exprime la volonté d'évangéliser les campagnes.

Que ceux qui ont été ordonnés ministres pour servir dans un lieu, persévèrent dans ce lieu,
Canon 2
.

L'émergence de lieux cultuels dans le massif de la Clape

Il est fait mention dès le IXe siècle de chapelles édifiées dans la Clape (cellam Sancti Petri et Pauli in territoritorio Narbonensi in insula Litia, 870) soit quatre siècles après les premières mentions des lieux cultuels à Narbonne.
Ces chapelles ont depuis disparues pour la plupart et leur emplacement a été oublié.

  • Théonyme: nom de divinité employé comme nom de lieu ou comme nom propre (ex. Narbo Martius)
    Hagionyme: nom de saint
    Hagiotoponymie: nom de saint et par extension nom religieux utilisé pour un nom de lieu

De nos jours, les paysages de la Clape gardent encore les traces de ces implantations ou orientations passées. Une multitude d'hagionymes, preuve de l'enracinement important dans l'Aude, est visible; les lieux-dits la Chapelle, Montolieu, Saint-Geniès, Saint-Laurent, l'île de Saint-Martin, la grotte de Saint-Salvayre, la métairie de Saint-Félix, le col de la Crouzette et bien d'autres encore.


Les nécropoles chrétiennes, signe de l'existence d'un lieu de culte?
  • Globalement deux fonctionnements du couple nécropole/lieu de culte peuvent être distingués.
  • Le premier concerne la nécropole établie à l'extérieur des murs selon la loi antique et qui progressivement se retrouve intégrée au village.
  • Le second concerne l'implantation d'un lieu de culte près d'une nécropole par regroupement de population.

Certains éléments, telles les fouilles récentes à Saint-Martin du Bas qui ont mis en ėvidence une nécropole chrétienne (tombes orientées E-O) datée de la fin Ve-début VIe siècle, peuvent laisser présumer d'une existence plus ancienne de lieux de culte à l'aube de la christianisation et au début du Haut Moyen-Âge, du territoire de la Clape.

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Carte des lieux cultuels du massif de la Clape: date de la première attestation d'existence.

Vocable

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Chapelle de village, de campagne ou de domaine

  • Typologie des chapelles
  • Type I: Dans un castrum, par l'évêque et les habitants
  • Type II: Dans un territoire qui appartient à l'Église, par un évêque
  • Type III: Dans un domaine, par un grand propriétaire
  • Type IV: Dans un lieu désert, par un reclus ou des moines

Il est possible de classifier les chapelles selon leur type d'implantation.

Chapelle Saint-Etienne de Valfernière

Garrigue de Grange Neuve
Chapelle disparue sous le vocable de Saint-Etienne

<1248

<1789

(Type IV) Nouveau Testament | Titulaire biblique
Apparition du vocable à partir du Ve siècle.

Saint-Étienne: En occitan Estève, Saint Étienne est un prédicateur juif du Ier siècle considéré a posteriori comme le premier diacre (protodiacre) et le premier martyr (protomartyr) de la chrétienté. Sa notoriété se propage suite à l'invention de ces reliques en 415.


A Narbonne, on trouve sous la même vocable l'église extra-muros Saint-Étienne dans le faubourg Villeneuve supposée fondée au Ve siècle et mentionnée en 782.
On trouve aussi dans le Narbonnais, d'anciens prieurés à l'écart des habitations sous ce même vocable.


Toponymes
  • XIIIe s. ⇒ XIXe s.
  • Église
    Au terroir de Moujan
  • Saint-Etienne
    Sanctus Stephanus de Valle Folmeria, 1248
    Reclusa Sancti Stephani de Valle Felmeria, 1265
    Ecclesia Sancti Stephani de Valle Falmeria, 1324
    Sainct Estienne de Vallefernière, Vallefelnie, 1642
    Saint Estève (ruines), 1789
    Saint Estève (Lieu-dit), 1830
  • Valfernière
    lieu dit, au terroir de Moujan, commune de Narbonne. Val Falmeyra vel Vallis Glissana, 1259
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Les textes mentionnant la chapelle

C'est principalement dans les archives communales qu'il est fait mention de cette chapelle. La création de ce lieu de culte correspond semble-t-il à une intiative érémitique confirmée par l'utilisation de l'appelation reclusa en 1265.


Localisation: description du territoire
① Dans les Archives Départementales de l'Aude, Série AA 99 f°98
Transaction concernant l'autorisation de pacage concédé aux habitants d'Armissan dans les combes de Val Farnière (Fernière) et de Gissane (Glissane), située sous le chemin de Narbonne à la mer.
  • Territoire de l'Hospitalet situé sous le chemin de Narbonne à la mer
"...usque ad pedem montis rotundi , qui pes dicti montis respicit versus ecclesiam Sancti Stephani de Valle Falmeria, et de ipso monte rotundo usque ad serram de Doventa, recta linea, et usque ad Conchas, et de ipsis Conchis usque ad dictam serram, et de ipsa serra, recta linea usque ad Requissolam, et inde redeundo usque ad laborantiam de Rochis,..."
1324 (18 octobre)
Le territoire concerné © IGN
Le territoire concerné © IGN

Les cartes anciennes mentionnant la chapelle et le lieu-dit (XVIIIe - XIXe)

① La chapelle en ruine sur une carte du diocèse de Narbonne (1789)

A proximité du chemin de Pech Redon à Armissan dans l'actuelle garrigue de Grange Neuve, indication de l'église ruinée de Saint Estève

Carte du diocèse de Narbonne, © Mediathèque de Narbonne, CP 58B
Carte du diocèse de Narbonne, © Mediathèque de Narbonne, CP 58B
② Un lieu-dit sur une carte du cadastre Napoléonien (1835)

Indication d'une construction appelée "Cabane de la Jasse de Saint Estève" dans la garrigue de Grange Neuve au dessus de la métairie de Rouquet.
Elle sert de repère (borne 28) dans le tracé des limites des communes de Narbonne et d'Armissan.

Cadastre Napoléonien AD11_262_PW09009_02B_TA02, © AD11
Cadastre Napoléonien AD11_262_PW09009_02B_TA02, © AD11

Eléments de territoire


Glossaire

  • Le vocabulaire de l'habitat et du territoire ecclésiastique au Moyen-Âge
  • Diocèse: Territoire sur lequel s'exerce l'autorité d'un siège épiscopal c'est-à-dire d'un évêque. (diocèse de Narbonne: Dioecesis Narbonensis érigé au IVe siècle)
  • Paroisse: Division religieuse: Circonscription ecclésiastique dans laquelle s'exerce le ministère d'un curé.
    Du latin parochia
  • Decimaire ou dîmaire: Division religieuse: Liste des biens et "feux" payant l’impôt ce qui définit un territoire des sujets payants la dîme à un même prieur. Ce territoire peut être différent de celui de la paroisse.
    Du latin decimarium
  • Rectorie: Résidence du curé d'une paroisse (recteur)
    Du latin rectoria, rector
  • Finage: Étendue d'un territoire villageois.
    Du latin finis, fines signifiant limite, clôture, d'un domaine
  • Celle: Au Moyen-Âge, ermitage ou petit monastère
    Du latin cella
  • Villa: Xe siēcle. Territoire cultivé évoluant au gré du temps et borné par les termes terminos ou fines.
  • Castrum: Village groupé et fortifié, localité émergente
  • Vicus: Petite agglomération dépourvue de rempart et plus réduite qu'une cité (civitas)
  • Terminium:Évolution de la villa vers une unité territoriale
  • Oratoire: Local ou petit édifice destiné à la prière. (XIIe siècle)

Pour en savoir plus

1. Abbé Sabarthès Dictionnaire topographique du département de l'Aude comprenant les noms de lieu anciens et modernes (1912). Source gallica.BnF.fr / Bibliothèque nationale de France.
2. Élie Griffe, Études d'histoire Audoise (IXe-XIVe siècles). Carcassonne, les Imprimeries Gabelle, 1976
3. R. P. Dom. J-M Besse, Abbayes et prieurés de l'ancienne France, Tome IV, province écclésiastique de Narbonne, Source gallica.BnF.fr / Bibliothèque nationale de France., Jouve 1911
4. Les Chroniques Pérignanaises les Calvaires de la commune
5. Robert Aymard Hagiotoponymie de l'Aude. In: Nouvelle revue d'onomastique, n°45-46, 2005. pp. 5-42.
6. Christophe Pellecuer, Laurent Schneider. Premières églises et espace rural en Languedoc (V-Xe s.). Aux origines de la paroisse rurale en Gaule méridionale (IV-IXe s.), Mar 2003, Toulouse, France.
7. Pierre Chastang, Lire, écrire, transcrire. Le travail des rédacteurs de cartulaires en Bas-Languedoc (XIème-XIIIème siècles), 2002, Comité des travaux historiques et scientifiques
8. Reconnaissances de biens tenus à cens faites à la commanderie de Narbonne et de Saint-Pierre-la-Mer pour des possessions à Vendres. 1351, H911, Archives Départementales de l'Aude série H suppléments



Histoire du Languedoc
1. Vic, Claude de, & Vaissète, Joseph Histoire générale de Languedoc, avec des notes & les pièces justificatives, publication 1730-1745. Université Fédérale, Tolosana


Gallia Christiana
1. Claude Robert, Gallia christiana, in qua regni Franciae ditionumque vicinarum dioeceses et in iis praesules describuntur, Paris, Sébastien Cramoisy, Édition 1626.
2. Louis et Scévole de Sainte-Marthe, Gallia christiana qua series omnium archiepiscorum, episcoporum et abbatum Franciae, vicinarumque ditionum, ab origine ecclesiarum ad nostra tempora, vol 1: archevéchés Paris, Vve Edmond Pépingué et Vve Gervais Aliot, édition 1656, 4 vol.
3. Louis et Scévole de Sainte-Marthe, Gallia christiana qua series omnium archiepiscorum, episcoporum et abbatum Franciae, vicinarumque ditionum, ab origine ecclesiarum ad nostra tempora, vol 4: abbayes et prieurés Paris, Vve Edmond Pépingué et Vve Gervais Aliot, édition 1656, 4 vol.
4. Gallia Christiana, tome 6, 1739 : province de Narbonne (évêchés de Béziers, Agde, Carcassonne, Nîmes, Alais, Montpellier, Lodève, Uzès, Saint-Pons, Alet).


Notre-Dame de Liesse
1. Didier Maertens, De l'art du réemploi au XIIe siècle. deux images de notre-dame de liesse éditées à paris par jean messager in Annales d’Histoire de l’Art & d’Archéologie de l’Université libre de Bruxelles, 33, 2011, pp. 99-136
2. Chanoine Étienne-Nicolas Villette, Histoire de Notre-Dame de Liesse, p118 Laon, 1728


Institut de Recherche et d'Histoire des Textes, 2010. (Telma)
1. Charte Artem/CMJS n°1807: Charles III le Simple, roi des Francs, confirme les biens de l'abbaye de La Grasse situés dans les pagi de Carcassonne, Narbonne, Conflent et Razès, et accorde aux moines l'immunité et le droit d'élection de l'abbé.
2. Charte Artem/CMJS n°2457: 1114, Pascal II, pape, confirme les biens et les privilèges de l'abbaye Saint-Pierre-les-Vallières.
3. Charte Artem/CMJS n°1784: 870, Charles le Chauve, roi des Francs, confirme les biens de l'abbaye de La Grasse et son immunité.
4. Charte Artem/CMJS n°3900: 1085, Donation de l'église Saint-Pierre
5. Charte Artem/CMJS n°2469: 1119, Calixte II, pape, donne l'église Saint-Pierre-sur-Mer à l'abbaye de La Grasse.


Chartes & bulles
1. Elisabeth MAGNOU-NORTIER & Anne-Marie MAGNOU Recueil des chartes de l'Abbaye de La Grasse, Tome I 779-1119, U.R.A. 247 Laboratoire d'Etudes méridionales, 1996 © BNF
2. Claudine Pailhès Recueil des chartes de l'Abbaye de La Grasse, Tome II 1117-1279 CTHS, 2000 © BNF
3. C. Douais Cartulaire de l'abbaye de Saint-Sernin de Toulouse : 844-1200 publié en 1887 Liasse I titre 8e, p. 494-495 © BNF
4. Paul Fabre Le Liber censuum de l'Église romaine p. 209, publié en 1889
5. J-P Migne Patrologiae cursus completus. T. 163, Paschalis II, Gelasii II, Calixti II, Romanorum pontificium, Epistolae et privilegia. Accedunt Cononis S. R. E. cardinalis, Radulfi Remensis, Radulfi Cantuariensis, archiepiscoporum, Guillelmi de Campellis Catalaunensis, Theogeri Metensis, Ernulfi Roffensis, Marbodi Redonensis episcoporum, Placidi Incertae Sedis episcopi, Arnaldi S. Petri Vivi Senonensis abbatis, Pontii Abbatis S. Rufi, Gregorii presbyteri Romani, Petri de Honestis clerici Ravennatis, Hugonis de Sancta Maria Floriacensis monachi, Laurentii Veronensis, Theobaldi Stampensis, Lamberti Audomarensis, Hugonis de Clericiis, Joannis Constantiensis, Anonymi Metensis Opuscula, diplomata, epistolae / accurante, p 360 et 1114, 1854